DIJON

Wed 14 Dec 2011

Scarlatti, Berio et Beethoven
 par Andrea Lucchesini

Une première partie faisait alterner cinq sonates de Scarlatti et les six Encores * (1965-1990) – en 4 groupes – de Luciano Berio. Programme original s'il en est, par le pianiste créateur de la sonate pour piano d'un des compositeurs les plus importants de ces cinquante dernières années. Le texte de présentation précise du reste l'intimité entre l'interprète et le compositeur : « C'est un programme que nous avons étudié ensemble durant les derniers jours de la maladie qui devait l'emporter. Il était très curieux d'entendre ces séquences (…) qui font s'intercepter ses six Encores et cinq sonates de Scarlatti».  

Ces dernières, que ne renieraient pas les plus grands, furent un grand bonheur : claires, allantes, jubilatoires. Ni faux clavecin, ni jeu extraverti à la Horowitz, plutôt la limpidité naturellement brillante de Marcelle Meyer ou de Maria Tipo, dont Andrea Lucchesini fut l'élève.

Nous découvrions alors ces pièces tardives de Berio, dont la création couvrait une large période de vingt-cinq ans. Dès les deux premières, enchaînées, (Brin, Leaf), le style de Berio était reconnaissable dans ces miniatures d'une exécution particulièrement virtuose. Mais ce sont les quatre suivantes, avec un piano correspondant aux quatre éléments (terre, eau, air et feu), qui allaient convaincre les plus rétifs à la musique de la fin du xxe siècle du génie du compositeur. Sans recours (trop) facile à quelque procédé descriptif, l'auditeur se trouvait projeté dans un univers onirique fascinant. Des références de la première, depuis son incise de quinte, aux flamboiements, aux souffles éphémères, on se laisse emporter par ce merveilleux piano. Une surprise, cependant, Wasserklavier, évocation élégiaque, un brin nostalgique d'un passé révolu, dont le langage tranche avec celui des autres pièces. Mais l'œuvre est la plus ancienne des six pièces…

La seconde partie était entièrement dédiée à Beethoven, avec deux des plus monumentales sonates de sa dernière production : la 30e et la 31e, ou, si l'on préfère, les opus 109 et 110, toutes deux de 1821. Œuvres titanesques, d'une modernité absolue, elles font éclater les schémas traditionnels et requièrent des qualités exceptionnelles des interprètes qui s'aventurent à les jouer. Andrea Lucchesini confirmait son immense talent par l'ampleur et la clarté de son jeu. Osons l'écrire : une interprétation relativement récente de ces deux sonates par Pollini (à Londres) m'avait déçu malgré les ovations du public. Ici, c'est sans réserve que j'ai acclamé ce très grand pianiste, dont la parfaite réussite dans des répertoires aussi différents que ceux de ce soir est exceptionnelle.

Son état grippal était manifeste pour les auditeurs des premiers rangs. Néanmoins, après ce récital au programme imposant, et harassant, il devait nous donner un très beau bis : le 2ème impromptu de l'op 90, de Schubert. Une soirée dont on se souviendra avec bonheur.


Eusebius