Musique classique

Wed 14 Dec 2011

Quand Lucchesini ose le grand écart musical

Un duel Scarlatti – Berio, arbitré par un Beethoven prudemment cantonné dans la seconde partie de la soirée ? A priori, le programme composé par le pianiste italien Andrea Lucchesini relève du grand écart musical ! Pourtant, presque contre toute attente, les cinq sonates pour piano de Domenico Scarlatti (1685-1757) et les six Encores composés par Luciano Berio (1925-2003), entre 1965 et 1990, se mêlent avec bonheur.

Mais l’étonnement est moins grand si l’on se souvient de la phrase de Berio selon laquelle « il faut vivre dans l’esprit de la fin de la Renaissance et des débuts du baroque, dans l’esprit de Monteverdi qui inventait la musique pour trois siècles à venir ». Entre Scarlatti, le « révolutionnaire » du baroque, qui impose la liberté formelle, rythmique et mélodique, et Berio, le compositeur « contemporain », qui libère l’expression affective, spontanée et immédiatement descriptive, les ressemblances sont si évidentes que les siècles qui les séparent s’en trouvent abolis.

Et, c’est à la curiosité et à l’opiniâtreté d’Andrea Lucchesini que l’on doit cette découverte qu’il fit avec Luciano Berio peu avant la mort de celui-ci. De ce pianiste talentueux et prestigieux, tout a été dit ou presque. Mais, plus encore que par sa virtuosité, le public est impressionné par la précision et le dépouillement de son jeu, dénué de tout « effet » et pourtant si sensible, si expressif et si lumineux. C’est particulièrement vrai dans les sonates op. 109 et 110 de Beethoven où ce dernier « explose » la forme classique au profit de la liberté absolue, ouvrant la porte à de nouvelles inventions.

Domenico Scarlatti, Ludwig van Beethoven et Luciano Berio : trois visionnaires de la musique qu’il était temps de réunir. Grâce à Andrea Lucchesini, c’est chose faite !

 


ISABELLE TRUCHON