Télérama

Mon 31 Mar 2014

Pelléas et Mèlisande a Nantes

Un  autre artiste authentique, dans la fosse : Daniel Kawka, qui, avec la simplicité et la modestie des très grands, dirige un orchestre des Pays de la Loire en excellente forme, homogène, chauffé à blanc. La mer qui bat les côtes du royaume d’Allemonde n’est pas celle des aquarelles normandes de Boudin, ou des marines mauves de Monet à Etretat. C’est l’océan sauvage au large d’Ouessant, ses ressacs sombres et sa houle farouche.   Avec un instinct très sûr de la progression du temps, Daniel Kawka ménage des tempi fatidiques, et à chaque moment-clé, un silence stratégique – « cet agent d’expression qui est peut-être la seule façon de faire valoir l’émotion », comme le recommandait Debussy. Qui déplorait par ailleurs « l’orchestre-cocktail, un composé genre boisson américaine, où l’on mélange dix-huit produits, tous les goûts particuliers disparaissent ». A Nantes, la saveur pure du pupitre de bassons, qui projette sur l’opéra une pénombre de sous-bois, ou les pizzicati corsés des contrebasses, l’auraient réjoui.


Gilles Macassar